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Droit locatif21 mai 2026 · 6 min

Dépôt de garantie : quelles retenues pour réparations sont légales ?

Un propriétaire ne peut pas garder une partie du dépôt de garantie sur une simple impression. Il faut un délai respecté, un état des lieux qui parle et des justificatifs solides.

Clés d'un appartement posées sur un état des lieux de sortie et une facture de réparation

À la fin d'un bail, la question du dépôt de garantie crispe vite. Le locataire attend son argent, le propriétaire constate parfois des dégradations. Entre les deux, la loi du 6 juillet 1989 pose des règles précises. Tout ne peut pas être retenu, et surtout pas sur une simple appréciation.

Un délai qui dépend de l'état des lieux

Le point de départ, c'est la remise des clés. À partir de là, le bailleur dispose d'un mois pour rendre l'intégralité du dépôt si l'état des lieux de sortie est identique à celui d'entrée. Aucune dégradation, aucune retenue : tout revient au locataire dans ce délai d'un mois.

Si l'état des lieux de sortie fait apparaître des différences, le délai passe à deux mois. Ce temps supplémentaire sert à chiffrer les réparations, à obtenir des devis ou des factures, et à calculer ce qui peut légitimement rester sur le dépôt.

L'état des lieux joue donc un rôle décisif. Sans état des lieux d'entrée, le logement est réputé avoir été remis en bon état. Le propriétaire ne peut alors presque rien reprocher au locataire à la sortie, faute de point de comparaison. C'est une protection majeure pour le locataire, et un piège pour le bailleur qui aurait négligé cette étape.

Ce que le propriétaire peut retenir, et comment le prouver

Une retenue n'est pas une punition. Elle correspond à des frais réels, liés à des dégradations constatées et imputables au locataire. Un trou dans une cloison, une moquette brûlée, une porte enfoncée, un loyer impayé ou des charges non régularisées entrent dans ce cadre.

Le bailleur doit justifier chaque somme retenue. Il ne peut pas annoncer un montant en l'air. Les pièces admises sont concrètes :

  • une facture d'entreprise pour les travaux réalisés ;
  • un devis détaillé, accepté par la jurisprudence pour fixer le coût d'une réparation ;
  • les états des lieux d'entrée et de sortie qui montrent la différence ;
  • un constat d'huissier en cas de litige sérieux.

En clair, le locataire est en droit de demander ces justificatifs. Un propriétaire qui retient 400 euros sans pouvoir produire de devis ni de facture s'expose à devoir tout restituer.

La vétusté ne se facture pas au locataire

C'est l'erreur la plus fréquente. Un logement s'use avec le temps, même quand le locataire en prend soin. Les peintures ternissent, un revêtement de sol vieillit, un joint se fatigue. Cette usure normale s'appelle la vétusté, et elle ne peut jamais donner lieu à une retenue.

L'article 7 de la loi de 1989 le dit clairement : le locataire répond des réparations locatives et de l'entretien courant, sauf quand les dégradations viennent de la vétusté ou de l'usure du temps. Un mur jauni après six ans d'occupation relève de cette usure, pas d'une faute.

Quand un équipement est vraiment abîmé, le bailleur ne peut pas le facturer comme s'il était neuf. Il doit appliquer une grille de vétusté, c'est-à-dire tenir compte de l'âge du matériel et de la durée d'occupation. Si une moquette a une durée de vie estimée à dix ans et que le locataire est parti au bout de huit ans, le propriétaire ne récupère que la part résiduelle, pas le prix d'une moquette neuve. Beaucoup de baux annexent désormais une grille de vétusté pour éviter les contestations.

Le cas particulier de la copropriété

Quand le logement se trouve dans une copropriété, le propriétaire peut conserver une partie du dépôt en attendant l'arrêté annuel des comptes de charges. La règle encadre cette retenue : elle ne peut pas dépasser 20 % du dépôt de garantie.

Une fois les comptes approuvés par l'assemblée générale, le bailleur dispose d'un mois pour régulariser et restituer le solde. Cette provision sert à couvrir une éventuelle régularisation de charges en défaveur du locataire, sans bloquer l'ensemble du dépôt.

Le retard se paie

La loi n'a pas oublié les propriétaires lents ou de mauvaise foi. Si le dépôt n'est pas restitué dans le délai d'un ou deux mois selon le cas, il est majoré. La pénalité s'élève à 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque mois de retard commencé.

Un mois entamé compte comme un mois entier. Sur un loyer de 800 euros, chaque mois de retard ajoute 80 euros à la somme due. Cette majoration n'a rien d'automatique dans les faits : le locataire doit souvent la réclamer, au besoin par lettre recommandée, puis devant la commission départementale de conciliation ou le juge.

Les réflexes pour éviter le conflit

La plupart des litiges sur le dépôt de garantie viennent d'un manque de traces. Quelques habitudes simples changent tout :

  • soigner l'état des lieux d'entrée, avec photos datées ;
  • refaire le même exercice à la sortie, dans les mêmes conditions ;
  • conserver les devis et factures de toute réparation ;
  • distinguer dégradation et vétusté avant de retenir quoi que ce soit ;
  • communiquer le décompte au locataire, pas seulement un montant net.

Ce qu'il faut retenir

Un propriétaire peut retenir une partie du dépôt de garantie, mais à trois conditions : respecter le délai d'un ou deux mois, prouver chaque somme par un devis ou une facture, et écarter la vétusté du calcul. À défaut, il s'expose à restituer la totalité et à payer une pénalité de retard.

Pour une agence qui gère un parc de logements, la difficulté n'est pas la règle elle-même. C'est de garder pour chaque bail l'état des lieux, les photos et les factures au même endroit, prêts à être produits le jour où un locataire conteste une retenue. Un suivi structuré des dossiers transforme cette contrainte en simple formalité.

Références & ressources

Sources juridiques

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Ressources externes

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de litige, rapprochez-vous d'un professionnel du droit.

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