Tous les articles
Droit locatif21 mai 2026 · 6 min

Vétusté ou dégradation : ce qui change tout dans la responsabilité

Une moquette fatiguée par dix ans d'usage ou brûlée par une cigarette : le même tapis, deux responsabilités opposées. Toute la différence tient dans un mot, la vétusté.

Mur d'appartement avec peinture usée et trace d'usure au-dessus d'un radiateur

À la sortie d'un locataire, la même question revient toujours. La moquette est marquée, les murs ont jauni, un interrupteur ne tient plus : le propriétaire peut-il retenir le coût sur le dépôt de garantie ? La réponse dépend d'une distinction simple à énoncer, plus délicate à trancher dans les faits. S'agit-il de vétusté ou de dégradation ?

Deux notions, deux responsabilités

La vétusté, c'est l'usure du temps. Le décret du 30 mars 2016 la définit comme l'état d'usure ou de détérioration résultant du temps ou de l'usage normal des matériaux et des équipements du logement. Une peinture qui ternit, un parquet qui se patine, un joint de salle de bain qui vieillit : personne n'y est pour rien, c'est la vie normale d'un logement habité.

La dégradation, c'est autre chose. Elle résulte d'un usage anormal, d'une négligence ou d'un défaut d'entretien. Une moquette brûlée par une cigarette, un trou dans une cloison, une vitre cassée, un évier fendu par un choc : là, il y a une faute, et le locataire en répond.

La conséquence est nette. Les réparations liées à la vétusté relèvent du propriétaire. Celles qui découlent d'une dégradation sont à la charge du locataire. Le même élément, une moquette par exemple, peut donc basculer d'un côté ou de l'autre selon la cause réelle de son état.

Ce que dit le décret de 1987 sur l'entretien courant

À côté de la vétusté, il y a l'entretien courant. Le décret du 26 août 1987 dresse la liste des réparations dites locatives : tout ce qui relève de l'entretien quotidien et des menues réparations consécutives à un usage normal. Remplacer un joint, entretenir un robinet, déboucher une canalisation accessible, refaire un mastic : c'est le quotidien du locataire.

Mais ce même décret pose une limite essentielle. Le locataire n'a pas à payer ce qui devient nécessaire à cause de la vétusté, d'un vice de construction, d'un cas de force majeure ou d'une malfaçon. Autrement dit, on ne peut pas lui réclamer le remplacement d'un équipement qui a simplement fait son temps, même si cet équipement figure dans la liste des réparations locatives. La cause prime sur la nature de la pièce.

La grille de vétusté, pour objectiver le débat

Le problème de la vétusté, c'est qu'elle se discute. Une moquette est-elle usée parce qu'elle a dix ans, ou abîmée parce qu'on en a pris mauvais soin ? Pour sortir de l'appréciation au cas par cas, la loi autorise les parties à appliquer une grille de vétusté, à condition de l'avoir prévue dès la signature du bail.

Cette grille fixe, pour chaque type d'équipement, une durée de vie théorique et un abattement annuel. Une peinture peut par exemple perdre une part de sa valeur chaque année, avec une franchise les premières années puis un coefficient de vétusté qui monte. Au bout de la durée prévue, l'équipement est réputé entièrement amorti et le locataire ne doit plus rien, même en cas de dégradation partielle.

La loi encadre le choix de la grille : elle doit être issue d'un accord collectif de location, national ou local. On ne peut pas inventer ses propres barèmes pour gonfler les retenues. Quand une grille est annexée au bail, elle s'impose aux deux parties et désamorce une grande partie des litiges de fin de bail.

L'impact direct sur le dépôt de garantie

C'est au moment de rendre les clés que tout se cristallise. Le mécanisme est le suivant :

  • Si l'état des lieux de sortie est identique à celui d'entrée, le propriétaire restitue le dépôt de garantie en intégralité, sous un mois.
  • S'il a mis en évidence des dégradations imputables au locataire, le propriétaire peut déduire le coût des réparations, sous deux mois, justificatifs à l'appui.

La retenue ne peut porter que sur les dégradations, jamais sur la vétusté. Un bailleur qui facture une remise en peinture complète après six ans d'occupation, alors que les murs n'ont subi qu'une usure normale, dépasse ce que la loi autorise. Et s'il existe une grille de vétusté, le calcul de la retenue doit en tenir compte : le locataire ne paie qu'une part résiduelle, jamais la valeur à neuf.

Comment trancher en pratique

Trois éléments font la différence quand le débat s'installe :

  • L'âge de l'équipement, comparé à sa durée de vie normale. Un chauffe-eau de quinze ans qui lâche, c'est de la vétusté.
  • La nature du défaut. Une usure diffuse et homogène penche vers la vétusté, un dommage localisé et net vers la dégradation.
  • La comparaison entre l'état des lieux d'entrée et celui de sortie, qui reste la preuve reine.

C'est d'ailleurs là que se gagne ou se perd la plupart des litiges. Sans état des lieux d'entrée précis, le propriétaire a beaucoup de mal à démontrer qu'un défaut constaté à la sortie n'existait pas à l'arrivée. La distinction vétusté ou dégradation ne vaut que si l'on peut prouver l'état initial.

Pour un gestionnaire qui suit plusieurs biens, garder la trace photo de chaque état des lieux, la date d'installation de chaque équipement et la grille de vétusté annexée au bail change tout au moment de la restitution. C'est ce qui permet de retenir ce qui doit l'être, sans déborder, et d'éviter les contestations qui finissent en commission de conciliation.

Références & ressources

Sources juridiques

À lire aussi sur le blog

Ressources externes

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de litige, rapprochez-vous d'un professionnel du droit.

Gérez vos incidents locatifs sans y passer vos soirées

L'agent vocal IA prend l'appel, qualifie et dispatche le bon prestataire. Vous gardez la main, sans la charge.