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Droit locatif21 mai 2026 · 6 min

Moisissures et humidité : propriétaire ou locataire responsable ?

Des taches noires apparaissent dans un angle de mur. Avant de désigner un coupable, une seule question compte : d'où vient l'humidité ? La cause tranche presque tout.

Traces de moisissures noires dans l'angle d'un mur près d'une fenêtre

Des taches noires qui s'étalent dans l'angle d'un mur, une odeur de renfermé qui s'installe, du papier peint qui cloque. Les moisissures reviennent souvent dans les conflits entre locataires et bailleurs, parce que chacun se renvoie la faute. La vraie question n'est pas de savoir qui est de mauvaise foi. C'est de comprendre d'où vient l'eau. La cause détermine la responsabilité.

La cause décide presque tout

Une moisissure n'apparaît jamais par hasard. Elle se nourrit d'humidité. Reste à savoir d'où vient cette humidité, et c'est là que les choses se jouent.

Quand le problème vient du bâti, c'est au propriétaire d'agir. Le décret du 30 janvier 2002 sur le logement décent l'oblige à louer un logement protégé contre l'humidité, avec une aération suffisante et des dispositifs de ventilation en bon état. Une infiltration par la toiture ou la façade, une remontée capillaire dans un mur, une isolation défaillante qui crée des ponts thermiques, une VMC hors service : tout cela relève de lui. La loi du 6 juillet 1989 lui impose d'ailleurs de délivrer un logement décent et d'y entretenir les lieux pendant tout le bail.

Quand le problème vient de l'usage, le locataire est en cause. Un logement trop peu aéré, du linge qui sèche en permanence sur un radiateur, une douche prise sans ouvrir la fenêtre ni faire tourner la VMC, un chauffage coupé pour faire des économies : la condensation s'accumule et les moisissures suivent. Le locataire doit user du logement normalement, l'aérer, le chauffer et assurer l'entretien courant, comme le nettoyage des bouches de VMC et des grilles de ventilation. Le décret du 26 août 1987 range ce petit entretien dans les réparations à sa charge.

Quelques exemples concrets

Un mur extérieur mal isolé qui se couvre de moisissures chaque hiver, malgré une aération correcte du locataire : c'est un défaut du bâti, donc le bailleur.

Une salle de bains sans fenêtre dont la VMC ne tire plus rien : le bailleur doit la remettre en état. Mais si la VMC fonctionne et que le locataire l'a obstruée ou ne nettoie jamais les bouches, la situation bascule de son côté.

Des traces dans une chambre où sèche le linge, fenêtres toujours fermées, chauffage à peine allumé : là, le locataire a sa part de responsabilité.

Dans la pratique, beaucoup de cas sont mixtes. Un logement déjà fragile sur le plan de l'isolation, occupé par un foyer qui aère peu. La répartition se fait alors au cas par cas, parfois à l'amiable, parfois devant le juge.

Le rôle de l'expertise

Quand locataire et bailleur ne s'accordent pas sur l'origine, l'expertise débloque la situation. Un expert humidité ou un thermicien vient mesurer, observer et établir un diagnostic. Il distingue ce qui relève de la condensation liée à l'usage de ce qui vient d'une infiltration, d'une remontée par le sol ou d'un défaut de ventilation.

Ce rapport pèse lourd. Si le bailleur conteste, le locataire peut demander une expertise judiciaire au tribunal, parfois en référé pour aller vite. Le juge se fonde ensuite sur les constatations techniques. Plusieurs décisions ont reconnu un logement non décent lorsqu'un défaut structurel de ventilation favorisait la condensation et les moisissures, et ont condamné le bailleur à faire les travaux, parfois à indemniser le locataire.

Avant d'en arriver là, gardez des traces. Photos datées, échanges écrits, signalement au syndic si l'humidité vient des parties communes : tout cela construit le dossier.

Les recours du locataire

Le premier réflexe n'est pas judiciaire, il est concret. Aérer dix minutes par jour, ne pas faire sécher le linge dans une pièce fermée, vérifier que la VMC fonctionne, nettoyer les premières traces. Si le problème persiste malgré un usage correct, le locataire passe à l'écrit.

La marche à suivre est balisée :

  • Signaler le problème au propriétaire ou à l'agence, par écrit, avec photos.
  • En l'absence de réaction, envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception le mettant en demeure de faire les travaux.
  • Si rien ne bouge sous deux mois, saisir la commission départementale de conciliation, gratuite.
  • En dernier recours, saisir le tribunal pour obtenir les travaux, une réduction de loyer, voire des dommages et intérêts.

Une chose à ne jamais faire : arrêter de payer le loyer de sa propre initiative. Même si le logement est non décent, le locataire qui suspend ses paiements sans décision de justice se met en tort. C'est au juge d'autoriser une réduction ou une consignation du loyer.

Si l'humidité rend le logement insalubre ou dangereux pour la santé, le locataire peut aussi alerter la mairie ou l'ARS, qui peuvent diligenter une enquête et imposer des travaux au propriétaire. L'ADIL de son département donne des conseils juridiques gratuits pour s'orienter.

Ce qu'il faut retenir

Les moisissures ne désignent pas un coupable par défaut. Tout dépend de leur origine : un défaut du bâti, de l'isolation ou de la ventilation engage le propriétaire, un manque d'aération ou de chauffage engage le locataire. Quand le doute s'installe, l'expertise tranche, et le juge suit le diagnostic technique.

Pour une agence qui gère plusieurs lots, l'enjeu est de réagir tôt. Une trace d'humidité signalée et traitée vite coûte bien moins cher qu'un mur entier à reprendre deux hivers plus tard, et évite un conflit qui s'enlise. Tracer chaque signalement, planifier un diagnostic et coordonner le prestataire au bon moment, c'est ce qui fait la différence entre un incident réglé et un litige.

Références & ressources

Sources juridiques

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Ressources externes

Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de litige, rapprochez-vous d'un professionnel du droit.

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